Trois livres méchants, très très méchants

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La présente sélection s’adresse en particulier à tous les cyniques, les inconvenants, les impertinents qui se font un délice d’une plume bien acide (enrobée d’amertume et trempée dans une sauce piquante de préférence). Le feel good autres mièvreries, très peu pour vous. Pas que vous soyez vous-même quelqu’un de mauvais, simplement, il faut bien reconnaitre que Littérature et bons sentiments font rarement bon ménage. Et puis, dans un monde saturé de bienveillance, la méchanceté n’a-t-elle pas une vertu cathartique ?

Houellebecq, l’Extension du domaine de la lutte

Le premier roman de Houellebecq est incontestablement le plus méchant, et le plus brillant. A travers le parcours d’un cadre intermédiaire à tendance neurasthénique, un concentré de pure misanthropie mais aussi la critique du libéralisme la plus virulente de la littérature. On le dévore en quelques heures, on n’en ressort pas le baume au cœur mais avec le sentiment – mi satisfaisant mi dérangeant – que tout a été dit et qu’il ne reste plus qu’à se tirer une balle.  

Éditions Maurice Nadeau, 1994,

Editions j’ai lu, 2018, 160 pages, 6,50€

Virginie Despente, Apocalypse Bebe

Valentine, ado rebelle de 16 ans, a disparu. Tous se mettent à sa recherche : une détective paumée, un écrivain frustré, une mère indigne, une belle-mère étriquée, une religieuse pas nette … Voilà pour l’intrigue. Et puis peu à peu, le polar bascule dans une genre littéraire indéterminé entre la romance trash, le roman d’anticipation et la satire sociale.  « Satire sociale », c’est pour rester poli : 400 pages de fiel enragé, un festival d’obscénité dont la véhémence n’a d’égale que la justesse psycho-sociologique.  Ce qu’il y a de bien avec Virginie, c’est qu’elle ne fait pas de jaloux : tout le monde en prend plein la gueule. Une lecture choquante, explosive et combien jouissive !

Editions Grasset, 2010

Le livre de poche, 2012, 384 pages, 7,90 euros

Lionel Shriver, Il faut qu’on parle de Kevin

A la veille de ses 16 ans, Kevin tue de sang-froid neuf camarades de lycées dans une tuerie façon Columbine. Un enfant négligé par ses parents ?  La victime d’un système éducatif déficitaire ? C’est tout l’objet de ce récit dont la narration est portée par la mère du meurtrier.  Pas de faux semblants ni d’autocomplaisance, l’exposition minutieuse des faits, de la naissance de Kevin à sa vie d’ado en prison. Objectif : pour prendre le mal à la racine, tenter comprendre l’incompréhensible… Mais au fil des pages, une suspicion affleure. Et si Kevin était tout simplement né mauvais ? Pas une lueur d’espoir dans ce roman mais bizarrement, un très bon moment de lecture, émaillé de drôlerie (et oui!) et de réflexions brillantissimes sur l’origine du mal, la responsabilité, le caractère inconditionnel – ou pas – de l’amour maternel.

We need to talk about Kevin, 2003

Traduction de Françoise Cartano, éditions Belfond, 2006

J’ai lu, 2020, 8,70€ , 608 pages