Quatre mots à ne plus dire au boulot

Date

Disruptif

1. Feedback

 

Le terme feedback est un néologisme anglosaxon. Il est très utilisé aujourd’hui pour désigner un retour d’information ou d’opinion à propos d’une action.

Ce mot a été utilisé au départ pour parle de l’écho désagréable produit par les machines, en particulier les micros et amplificateurs. Le terme aujourd’hui, dans le monde professionnel, peut servir à donner un avis sur tout : le mobilier du bureau, la dernière campagne mail des commerciaux, la charte graphique mise en place. Conquérir les feedback positifs est devenu une expertise ! Préférez : « j’aimerais ton avis, tes remarques à ce sujet. » Le plus important, c’est en tout cas de cultiver sa confiance au travail, de perfectionner ses compétences de manière à se garantir quelques éloges !

 

2. Disruptif

 

D’abord, le mot disruptif ne veut pas dire (exactement) ce que vous croyez. Dérivé savant du latin disruptum, « brisé en morceau », depuis le XVIème siècle, on l’emploie au sens de « qui sert à rompre » – ce qui transperce ou désorganise une structure mécanique ou chimique. Donc est disruptif ce qui trouble un état neutre. En d’autres termes, se targuer d’être disruptif, c’est jouer le clown qui saute dans la flaque d’eau, remuer la surface, sans autre but que celui de faire le buzz.

Pourtant, il est sans doute une manière d’être innovant plus profonde et plus intéressante. En acceptant d’abord, que nous sommes des « nains sur des épaules de géant », c’est-à-dire que nous sommes héritiers, en philosophie de Nietzsche et de sa pensée révolutionnaire, en art de Picasso et des avant-gardes, et même plus loin dans le temps, des alchimistes, des poètes et des artisans qui ont renouvelé leurs pratiques au cours des siècles.

Finalement, plutôt que de brandir la disruption comme le secret de la modernité, il est plus judicieux de l’intégrer dans une pensée plus complexe. Celle qui renouvelle nos pratiques en se nourrissant des trésors du passé. Une attitude qui préfère construire sur des fondations solides et éprouvées dans le temps, pour inventer une société d’avenir.

 

3. Chronophage

 

Chronos est le dieu de la destinée, à ne pas confondre avec Cronos le Titan, père indigne qui dévorait ses enfants. Mais qu’importe, au fond. Ce qui est vraiment important, c’est que le barbarisme d’aujourd’hui prend des allures de mot savant, auréolé d’un prestige gréco-latin. 

Pourtant, voici encore un mot qui n’existe pas. Mélange hasardeux du chronos de votre à quartz et de la phagie des Anciens, qualifier une activité de chronophage, c’est un peu réaliser un tour de passe-passe. Soit votre interlocuteur sait que vous employez un barbarisme subtil, mais inutile, qui vous exonère de parler d’une activité sans fin, soit il ne le sait pas et votre prestige n’est plus qu’erreur partagée. Dite plutôt d’une série qui vous ennuie qu’elle est un divertissement lisse et plat ou un moment de solitude interminable. Avantage : l’expression imagée plutôt que le barbarisme réduit en miette tout espoir de perdre son temps et garantit un appétit pour ce qui est utile !

 

4. Délivrer

 

Ne dites plus « délivrer des informations ».  Le terme délivrer vient du latin deliberare qui signifie « mettre en liberté. On délivre la princesse de son château ou on délivre un ami de ses peines en discutant avec lui. Si on l’utilise au sens de « donner des informations », c’est un anglicisme qui vient de to deliver qui signifie au choix, « prononcer -un discours-« , « distribuer -des lettres- » ou encore « livrer -un produit-« . Préférez l’emploi de tournures comme « fournir un service », « donner des informations », ou tout simplement « finir une tâche ».