Le fact-checking

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Le fact-checking ou « vérification des faits » est largement répandu aujourd’hui dans la sphère politique et journalistique. Ainsi, lors des derniers débats télévisés, un comité de journalistes vérifie les énoncés et plus particulièrement les chiffres au fur et à mesure de la discussion, et établit un « bilan » à la fin des interventions. Comment cette pratique est-elle si facilement entrée dans les moeurs ? Retour sur la genèse du fact-checking.

La post-vérité

Après les années 2016-2017  baptisées « moment populiste », le fact-checking commence à faire son apparition sur les plateaux télés. C’est que l’heure est à la post-vérité. Ce néologisme fait référence à une situation ou un discours, dans lequel les faits ont moins d’importance que les émotions du public. Cette attitude ne peut pas s’expliquer, par ailleurs, sans la prise en compte des médias et des réseaux sociaux qui façonnent la manière dont on perçoit le monde et ses évènements.

La post-truth era se caractérise donc par la possibilité d’une pluralité de vérités  qui décrédibilisent d’avance la science – ou toute tentative d’élaborer un discours adéquat à la réalité. Selon le point de vue dans lequel on se trouve, la réalité et donc la « vérité » varient à l’infini. Le fact-checking constitue l’une des multiples tentatives de sortir de l’impasse.

L’empire des chiffres

Cette expression du sociologue Olivier Martin met en lumière l’autre origine du fact-checking : il semble, en effet, que nous sommes collectivement attachés aux chiffres de manière démesurée. Et c’est bien naturel: les chiffres sont clairs, ils sont simples, universels nous paraît-t-il, contrairement au sens des mots. Ils « font » scientifiques et rigoureux. Mais pourtant, il n’en est rien. Le chiffre se construit et surtout son interprétation peut varier du tout au tout. Dans La politique des grands nombres, le sociologue Alain Desrosières met en garde contre la signification soit disant unique du chiffre : source, vue d’ensemble, contexte, échelle, variables, proportionnalité, autant de paramètres qu’il faudrait contrôler lorsqu’on entend un chiffre ! 

 

Et puis, nous avons également en mémoire la diatribe du Président d’Henri Verneuil, campé par un Jean Gabin éblouissant: « Le langage des chiffres à ceci de commun avec le langage des fleurs: on lui fait dire ce que l’on veut ! Les chiffres parlent mais ne crient jamais !  » (1961)

Etre d’accord dès le début

Retour aux sources philosophiques de la pensée (et du discours) : mieux qu’un fact-checking, ce qu’il faudrait peut-être c’est une analyse des termes ; il faut se mettre d’accord sur ce dont on parle dès le départ, sinon, on peut bien déployer son discours, il ne touchera que ceux qui sont déjà convaincus!

Pour aller plus loin

  • vous trouverez ici un débat de haute volée sur le phénomène de la post-vérité 
  • et ici la présentation de l’excellent ouvrage d’Olivier Rey Quand le monde s’est fait nombre (Stock, 2016)