La joie du vin chaud

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Métro. Gris. Pluie.


Et cette écharpe soi-disant 100% cachemire qui gratte dès qu’elle est humide. Déjà que le masque, pour ta peau, c’est un peu comme un voyage vers cette période bénie de ta vie qui semait les stigmates de la jeunesse sur ton nez. La voilà descendue dans le cou, la floraison pustuleuse.


Et puis cette réunion qui n’en finissait pas, où il était question des résultats « mitigés » de ton équipe et des idées « intéressantes mais pas opérantes » que tu as présentées en power-point – 30 minutes de boulot sur le fond, 2 jours pour faire défiler le texte creux avec force effets de saison, espérant que les petits lutins qui gambaderaient sur les courbes en berne suffiraient à adoucir l’humeur exécrable du directeur commercial. Raté.


Dans le métro, ton voisin a dû se dire que l’hiver, le déodorant était en option. Ou bien cette nana qui a cru se parfumer en se renversant un parfum « chic et chaleur », saturant le wagon d’effluves musc-santal. De toute façon, tu es tellement serré entre les doudounes et les paquets pointus des courses de Noël, que tu ne peux même esquisser un mouvement de fuite salutaire.


Sortie 7, escalator en panne, bruine glacée, vent de face, pavés déchaussés, pompes et pantalon trempés. Tu arrives devant chez toi, le gardien te tient la jambe pour se plaindre du boucan lors du dernier dîner du 5ème – c’est toi au 5ème, mais tu préfères garder cette information confidentielle. Plus d’ascenseur, arrivée au palier, essoufflée.


Aujourd’hui, on n’est que lundi. Mais en ressenti, c’est du bon vendredi 19h17. Alors, tu ouvres la porte. Tu humes avec délice les effluves de cannelle et de cardamome dès l’entrée, tu entends des rires d’enfant, le sapin clignote, il fait bon. Ton mari te tend une tasse de vin chaud, recette Graffigny qui a cuit avec tout ce qui ne s’achète pas : l’attention, la tendresse, la chaleur, le parfum de l’enfance.

Tout est pardonné.